Avec 37,7 milliards d’euros en volume de ventes en France en 2011 (31 millions d’acheteurs en ligne) et une prévision à 45 Mds d’euros en 2012, le marché du e-commerce poursuit sa croissance exponentielle. Cette croissance s’explique principalement par les bénéfices liés à ce mode d’achat : le gain de temps (74%), le prix (66%) ou encore l’accessibilité permanente des boutiques (45%)[1]. Alors que pour certains l’essor du e-commerce était annonciateur du déclin des points de ventes physiques, ceux-ci ne pouvant théoriquement pas rivaliser face aux avantages offerts par les boutiques en ligne, on constate aujourd’hui que les magasins représentent encore 80% des ventes totales de biens et services[2]. Cette domination du point de vente face au e-commerce trouve son origine dans les avantages perçus par les clients : pouvoir toucher le produit (58%), pas de délais de livraison (52%) ni de frais de livraison (43%)[3]. Ces bénéfices permettent aux magasins de dépasser les 50% de taux de conversion alors que, en parallèle, la plupart des e-commerçants peinent à dépasser les 5% du fait de la forte concurrence (le nombre de boutiques en ligne a doublé en 2 ans) et de la volatilité des clients[4].
Face à ces constats, les enseignes ont imaginé dès 2008 un concept destiné à tirer parti des avantages des 2 canaux : le click and collect / Drive. En permettant aux clients de faire leurs achats sur le web puis de venir les retirer en magasin, les distributeurs ont créé un nouveau canal de vente, combinaison du réel et du virtuel. Et ce nouveau concept séduit un nombre croissant de clients et enseignes, inscrivant le Drive comme une véritable tendance de fond du marché de la distribution.
Quel est l’état actuel de ce marché ? Quelles sont les raisons de l’engouement pour ce nouveau canal? Quelles enseignes peuvent-en bénéficier et sous quelles formes ? Tour d’horizon des tendances et best practices.
1. Le drive, qu’est-ce que c’est ?
Le concept de drive est né d’un constat lié à l’évolution des modes de consommation, le « web to store » ou ROPO (research online, purchase offline) : les consommateurs recherchent des informations sur le web avant de se rendre en magasin pour acheter (45% des consommateurs français en 2011)[5]. Afin d’éviter que le client ne se rende dans un magasin concurrent suite à la recherche d’information, de nombreuses enseignes permettent aux consommateurs de commander en ligne puis de venir retirer leurs achats en magasin : c’est le click and collect ou drive (les achats pouvant être déposés dans le coffre du véhicule du client). En fonction de l’espace disponible et de la stratégie de l’enseigne, 3 types de drives peuvent être déployés :
- Les drives déportés ou «full drive» : le drive est totalement dissocié du magasin et est considéré comme un canal de vente à part dont les stocks, les approvisionnements et le picking sont gérés en zone dédiée. Ce type de drive, généralement constitué d’un entrepôt physique et d’une zone de retrait des achats (parking), propose un nombre de références limité.
- Les drives adossés : le drive se situe dans la même zone commerciale que le magasin et dispose généralement d’une zone de stockage et de retrait dédiée au sein du magasin. Le picking s’effectue à la fois depuis une zone dédiée dans le stock du magasin et depuis les rayons (pour les produits frais, les produits peu commandés, etc.). Le nombre de références proposées est souvent plus élevé que dans un drive déporté.
- Les drives magasins : le drive est totalement intégré au magasin, aucune zone dédiée de stockage n’étant réservée à ce canal au sein du point de vente. Le picking est intégralement effectué en rayon et la zone de retrait peut être constituée par un simple point retrait à l’intérieur du magasin. Dans ce type de drive, il est fréquent que l’ensemble des références du magasin soient proposées à la vente.
2.Le drive, un marché qui prend de la vitesse depuis 2 ans
Une accélération dans les déploiements
Avec 1500 drives actuellement déployés en France et une hausse de 75 % par rapport à décembre 2011, le parc des drives est en nette augmentation. Preuve de cette effervescence, plus de 100 nouveaux drives alimentaires ont été créés entre mai et juin 2012. Cette croissance traduit à la fois l’attrait des clients pour ce nouveau canal de vente et également une forte couverture du territoire national (80 % des clients se trouvent à moins de 15 min d’un drive). Cependant on remarque une inégalité dans la répartition des drives avec des régions mieux desservies que d’autres. Ainsi, par exemple, on compte 1 drive pour moins de 25 000 habitants en Bretagne contre 1 drive pour 68 500 habitants dans le Nord-Pas-de-Calais. Cette particularité bretonne est cependant due au déploiement massif de drives magasins « CoursesU.com » dans les enseignes Super U, plus rapides à mettre en place que les drives déportés.
Une croissance progressive du chiffre d’affaires (CA) généré
Le CA moyen généré par les drives est encore faible avec 1,6 % des ventes totales des enseignes de grande distribution. Toutefois, les enseignes ayant accéléré les déploiements, comme E.Leclerc et Auchan, dépassent cette moyenne avec respectivement 2% et 4,5% de leur CA issu de ce nouveau canal. On constate par ailleurs que ces deux enseignes enregistrent les plus fortes hausses de PDM sur le secteur alimentaire en 2011, notamment grâce à ce positionnement engagé sur le drive. Même si le CA global généré par le drive reste modéré (500M€ en 2011), les perspectives de croissance sont très fortes : + 43 % en 2 ans avec une perspective à 4 milliards d’euros en 2015 (uniquement pour les drives alimentaires). Cette augmentation sera principalement due à l’accélération des déploiements et au transfert des clients magasin vers le drive ; En effet, si le panier moyen des clients est de 101 € en drive, soit 2 à 3 fois supérieur à celui des GMS, la fréquence d’achat sur ce canal est inférieure.
De plus en plus de clients touchés et satisfaits
Cette croissance du drive dans la PDM des enseignes répond à une demande forte de la part des consommateurs. Même si tous ne disposent pas encore d’un drive près de chez eux, 8,5% des français en ont déjà fréquenté un. Ce chiffre tend à augmenter puisqu’on estime qu’en 2015 le drive touchera 20 % des ménages. Cette forte hausse s’explique par la croissance des déploiements mais également par la démocratisation du concept : l’augmentation de la part des 40-54 ans parmi les clients drive (41% vs 25% en 2011-2010) montre que le drive s’ancre profondément dans les modes de consommations. L’extension à de nouveaux supports de vente comme le mobile permet de toucher de nouvelles cibles, notamment parmi les populations urbaines, jeunes et actives qui sont équipées en technologie et qui multiplient les expériences d’achats en cross-canal. C’est particulièrement le cas pour les drive hors alimentaire comme en témoigne Alain Bourgeois-Muller, le président de Joué Club, suite à l’ouverture des premiers drives de l’enseigne : « Contrairement aux drives des hypers qui cannibalisent une part importante de leur clientèle, notre service nous a permis de capter des clients qui ne seraient pas venus autrement ». Par ailleurs, l’implantation des drives en France semble un phénomène durable puisque le concept fidélise fortement : 96 % des utilisateurs de drive se déclarent satisfaits de ce canal, 48 % le considèrent comme leur mode d’achat préféré et 92 % l’ont déjà recommandé.
Une tendance qui s’étend à tous les secteurs d’activité
Si aujourd’hui les drives sont essentiellement déployés dans le secteur alimentaire, d’autres secteurs d’activités expérimentent ce nouveau canal de vente avec succès.

TOP OFFICE a déployé en juin 2012 le premier drive spécialisé dans le matériel de bureau. Accolé au magasin de Metz-Augny, la marque a déployé un drive avec des bornes de retraits et des places de parking spécifiques. Quatre drives répartis sur le territoire sont venus compléter l’offre depuis, avec une volonté forte de la direction pour déployer le concept sur l’ensemble des enseignes.
JOUÉCLUB, enseigne spécialisée dans la vente de jouets, a lancé son premier drive test en décembre 2011. Depuis ce dispositif testé à Noël, JOUÉCLUB a déployé 8 drives supplémentaires.

L’ENTREPÔT DU BRICOLAGE, enseigne du groupe SAMSE, a lancé en mars 2010 le 1er drive français dédié au bricolage. A travers leur site de e-commerce, e-brico.fr, l’enseigne propose à ses clients de commander en ligne parmi une sélection de 8000 produits et de venir récupérer les marchandises dans un de leurs 16 points de vente en France. Depuis 2011 l’enseigne a étendu le nombre de références pour proposer désormais 20 000 articles au choix. Outre le drive, les clients peuvent également se faire livrer la marchandise à domicile.

L’enseigne de prêt à porter MORGAN offre la possibilité à ses clientes de venir récupérer en magasin des produits commandés sur le web. Cette approche web-to-store, mise en place dans le cadre de sa stratégie cross-canal, a déjà rencontré un franc succès auprès des clientes de l’enseigne. Selon Frédéric Wilhelm, directeur de la distribution multicanale de Morgan, « six mois après la mise en place de cette option, 30% des commandes en ligne sont envoyées en boutique »[6].

10/10 VOTREOPTICIEN.COM, enseigne d’optique situé dans le Nord, a déployé dès 2009 un drive accolé à un de leurs magasins (Drive Optic) afin de proposer aux clients de passer commande sur internet et de venir récupérer leurs lunettes sans sortir de voiture. Les opticiens peuvent également se déplacer jusque dans la voiture des clients pour prendre des mesures et effectuer des réglages. Selon les propriétaires Sylvie Duhen et Olivier Planque, cet espace drive de 100m2 a couté environ 160k€ (20% de l’investissement total du magasin) mais représente 10% à 15% de leur CA. Ils étudient déjà d’autres projets d’implantation de drive.[7]
3. Un canal qui répond aux attentes des consommateurs
Si le drive explose depuis 2 ans c’est avant tout parce qu’il fait écho à des besoins clients jusque-là non comblés. Les raisons invoquées par les utilisateurs du drive sont multiples :
Le gain de temps. Les consommateurs pressés ou qui considèrent les courses comme une corvée (notamment dans l’alimentaire) sont les premiers à être séduits par ce nouveau canal. En effet, l’attente au drive est de 5 à 10 minutes contre 40 minutes minimum dans les GMS.
La facilité d’achat. Les processus d’achat et de retrait sont simples. Outre le fait d’acheter, le client peut, via le web, confectionner une liste d’achat récurrente, contrôler les quantités et définir son jour et heure de retrait. Par ailleurs, le drive permet une répartition simple des tâches au sein d’un foyer, la personne qui réalise la commande pouvant être différente de celle qui va retirer les achats.
Le service additionnel. La commande est préparée et amené dans la voiture du client sans surcoût. Par ailleurs, le drive garanti de trouver le produit en stock lors de ses achats (ou un produit de substitution). Ainsi, la société HALFORDS, spécialisée dans la vente au détail de pièces automobile au Royaume-Uni et en Irlande, a su répondre aux attentes de ses clients avec son service « Reserve & Collect ». Ce service additionnel garanti aux clients d’obtenir le produit en magasin au maximum le lendemain si celui-ci est en rupture de stock. Une logistique efficace qui a su conquérir de nouveaux clients.
La rassurance. En France, 1 e-acheteur sur 2 se sent stressé au moment de procéder à un achat sur internet[8]. Ce sentiment d’insécurité est lié aussi bien à la crainte de ne pas recevoir le colis qu’à celle se faire pirater ses données bancaires lors du paiement. En offrant le paiement par CB en magasin (sur une borne ou en caisse) et le retrait des achats, le drive répond à ces inquiétudes.
Enfin, les consommateurs ont le sentiment de mieux gérer leurs budgets, en maitrisant les achats impulsifs.
4. A chaque surface de vente son drive
S’il existe différents drives, c’est que chacun s’adresse à un type et taille d’enseigne en particulier. Alors que le drive déporté se prête tout à fait aux grandes surfaces alimentaires, il s’avère peu rentable pour les plus petites enseignes ou lorsque le secteur d’activité suppose de présenter une large gamme de produits. Lors d’un projet de drive, il convient donc d’étudier attentivement différents points afin de choisir le plus adapté.
Le coût. Un drive classique coûte en moyenne entre 2 et 4 millions d’euros à déployer. Cet investissement est important du fait de la construction d’un entrepôt dédié, de l’achat ou location d’un espace commercial et de la mise en œuvre d’une logistique et d’une organisation spécifiques. Le personnel ne pouvant pas être partagé avec le magasin, les coûts de fonctionnement s’avèrent également élevés. Afin d’être rentable, on estime qu’un drive déporté doit générer au minimum 7M€ de CA. Le drive magasin, parce qu’il est déployé à partir du point de vente et sans investissement matériel particulier, coûte entre 130k€ et 150k€ à mettre en œuvre.
L’espace. La taille moyenne d’un drive déporté est de 1500 m2 à 1700 m2 avec le parking, ce qui oblige les enseignes à s’implanter dans de grandes zones commerciales périphériques. Concernant les drives magasin, ils n’occupent qu’une faible surface puisqu’ils sont implantés directement au sein du point de vente. Il est possible d’attribuer une partie de la zone de stockage au drive (drives adossés) ou bien encore de réaliser l’intégralité du picking en magasin pour réduire encore l’espace requis. Cette caractéristique rend ce type de drive particulièrement adapté aux magasins implantés en centre-ville. D’autant qu’il n’est pas forcément nécessaire de dédier une zone de parking pour ce nouveau canal : certaines enseignes pratiquent déjà le « drive piéton », c’est-à-dire un simple point de retrait permettant aux clients de venir retirer en magasin des produits achetés sur le web / mobile.
L’offre. Avec en moyenne 9000 références proposées, les drives déportés ne présentent qu’une offre limitée de produits. Cet aspect, principalement lié à des enjeux logistiques, s’avère être un atout lors de l’achat de produits alimentaires et de 1ère nécessité (rapidité du processus d’achat) mais se prête peu à « l’achat plaisir » ou aux courses non alimentaires. A contrario, le drive magasin se base sur le catalogue du point de vente et peut donc proposer tout ou partie de l’offre produits. Généralement, les drives adossés au magasin proposent de 25 000 à 50 000 références. Cette caractéristique est particulièrement intéressante pour les enseignes non alimentaires dont le succès se base sur une gamme vaste et complète de produits.
Les délais. Entre la construction de l’entrepôt (permis + délais de construction), la mise en place de la logistique et le recrutement des équipes, le déploiement d’un drive dédié peut prendre plusieurs mois. A l’opposé, un drive magasin peut être mis en œuvre en quelques semaines, selon le niveau de complexité et d’intégration souhaité par l’enseigne.
La concurrence. Selon les stratégies mises en place, il est fréquent que le drive déporté cannibalise une partie de la clientèle des hypers et supers implantés à proximité, y compris lorsqu’ils appartiennent à la même enseigne. Les politiques de prix étant également différentes entre les drives et les magasins, il peut exister de grands écarts pour un même produit. Une telle situation semble difficile à gérer en centre-ville où la pression concurrentielle est déjà très forte. Dans le cas du drive magasin / adossé, les prix sont ceux du point de vente et les courses sont retirées dans le magasin, prévenant ainsi toute cannibalisation au sein de la même enseigne.
La logistique. Le drive déporté, parce qu’il dispose d’une logistique dédiée, simplifie et accélère certains processus comme la préparation et le regroupement des commandes. Cette particularité permet d’obtenir des temps de préparation très bas, entre 15 et 20 minutes par commande. Dans le cas d’un drive magasin, le picking s’effectue tout ou partie en rayon ce qui augmente fortement les temps de préparation qui peuvent dépasser les 40 minutes par commande. Afin de palier à cette problématique, il est impératif d’équiper les préparateurs d’outils de picking dédiés avec, par exemple, des parcours de picking optimisés (liés avec plan d’implantation du magasin), du picking regroupé par commandes, produits, rayons, etc.
Malgré les avantages du drive magasin pour les moyennes surfaces de vente, ce nouveau canal restait jusqu’alors inaccessible pour les petits commerces de proximité, incapables de supporter seuls les investissements nécessaires. Certaines initiatives, comme celle de l’office du commerce de Puy en Velay, ont néanmoins permis de mettre le drive a portée de tous. En créant une plateforme commune à l’ensemble des boutiques de l’agglomération, le Puy en Velay a ouvert le premier drive indépendant de France. Grâce à la plateforme en ligne achetezaupuy.com, 60 boutiques des 28 communes de l’agglomération peuvent désormais proposer leurs produits en ligne. Les courses peuvent ensuite être retirées dans les commerces ou bien livrées à domicile. Une belle contre-attaque de la part des commerces de proximité.
5. Conclusion
Si le marché du drive explose depuis 2010 c’est qu’il fait écho à une transformation profonde dans les modes de consommation. Le fait de retirer en magasin des produits achetés sur le web n’est qu’un rouage parmi une stratégie cross-canal globale car le client consomme de manière indifférenciée sur les différents canaux qui lui sont offerts. Pour profiter au maximum des bénéfices de ces nouveaux outils, le web-to-store doit être complété par un ensemble de solutions, en magasin et hors du point de vente, destinées à offrir un service transactionnel continu et unifié.
Depuis 2011, Keyneosoft édite une solution complète de drive magasin, KeyDrive. Elle permet à n’importe quelle enseigne de déployer simplement, rapidement et à moindre coût un drive à partir de leur point de vente. KeyDrive est une suite logicielle modulaire couvrant toutes les étapes d’un projet drive :
- KeyDrive commande : site web et mobile de commande en ligne, couplés à un catalogue produits magasin
- KeyDrive préparation : outil de préparation de commande (regroupement de commande, filtres multi-critères, attribution par opérateur, gestion de zones, parcours optimisés, suivi d’état de commande)
- KeyDrive picking : outil nomade de picking (liste des articles à préparer, gestion des ruptures, gestion des produits de substitution, EAN multiples, picking optimisé)
- KeyDrive storage : solution de stockage des commandes préparées (adressage des commandes)
- KeyDrive Delivery : solution de retrait sur bornes ou écrans (identification client, valorisation du panier et de la fidélité) et outil back office de livraison de commande au client (état, adressage, contrôle)
Chaque module peut-être implémenté séparément. KeyDrive est une solution entièrement adaptable, personnalisable et paramétrable, pour s’adapter à n’importe quel projet de drive magasin.
[1] Fevad 2012
[2] Forrester 2011
[3] Nielsen 2010
[4] Comscore 2006
[5] Etude Google 2011
[6] JDN, 28/12/2012 : “Morgan se redresse grâce à son approche cross-canal”
[7] Le parisien, 16/01/2012 : « Chez Drive Optic, on contrôle les lunettes dans la voiture du client »
[8] Etude Ifop/Relais Colis 2012